LA HAUTE ROUTE

De Chamonix à Zermatt en ski de randonnée

La Haute Route relie les deux lieux les plus emblématiques des Alpes : Chamonix et Zermatt. C’est une itinérance par les glaciers, au plus près des sommets entre 3 000 et 4 000 m d’altitude.

Après une année blanche marquée par les confinements de mars et de novembre 2020 et la fermeture des stations de ski, les hauts sommets ont retrouvé leur apparence des premiers jours. La montagne fait figure de baromètre de l’état du monde, où le réchauffement climatique y est trois fois plus visible qu’ailleurs. 

Avec une équipe de tournage, je suis parti skis aux pieds en avril 2021 accompagné de la guide de haute montagne Lise Billon, la glaciologue Inès Dussaillant et l’écrivain-voyageur Cédric Gras pour documenter la fonte des glaciers alpins et décrypter les signes visibles et invisibles qui les menacent.

La Haute Route, au fil des glaciers est un film manifeste d’une génération qui s’interroge sur l’avenir d’une planète en mutation, et cherche à opposer aux menaces du réchauffement, un nouveau regard sur la montagne, comme un discours d’espoir pour l’avenir de l’humanité.

Lise Billon : guide de haute montagne.
Grimpeuse de haut niveau, elle représente la jeune génération de l’alpinisme féminin. Elle est membre de la Compagnie des Guides de Chamonix et a été décorée du prestigieux Piolet d’Or en 2016 pour une ascension inédite au Riso Patron, en Patagonie. C’est elle qui guidera la cordée entre Chamonix et Zermatt.

Cédric Gras : écrivain-voyageur.
Passionné de montagne, géographe de formation, il s’est expatrié de longues années dans l’espace post-soviétique mais il n’oublie jamais de retourner dans les Alpes où il a fait ses classes. La montagne est au cœur de son dernier livre « Alpinistes de Staline » (prix Albert Londres 2020).

Inès Dussaillant : glaciologue.
Doctoresse en glaciologie et en géomorphologie, elle est chercheuse au département de géographie de l’université de Zurich. Originaire du Chili, elle est devenue chercheuse par passion pour les montagnes et les puissances telluriques qui les forgent. Elle parcourt les glaciers des Alpes et du monde pour ses recherches.

Matthieu Tordeur : aventurier polaire. Benjamin de la bande, je connais les mondes polaires pour m’être rendu plusieurs fois dans l’Arctique et en Antarctique. Cette fois c’est vers les Alpes que nous nous dirigeons. Je m’emploierai à montrer que l’aventure n’a pas besoin d’être lointaine pour être intense.

Après une journée à rassembler notre matériel et étudier notre itinéraire, nous quittons la vallée de Chamonix sous un beau soleil pour gagner le glacier d’Argentière.

En bordure du bassin, les séracs sont très importants et vus d’en haut, ils présentent un dédale de crevasses impressionnantes.

Cédric et moi, chargés pour une dizaine de jours de ski-alpinisme : crampons, baudrier, piolet, casque, DVA, pelle, sonde… Cédric porte sur son sac la sonde qui nous permettra de faire des relevés de l’épaisseur de neige sur les glaciers.

La Haute Route est un itinéraire qui a été parcouru pour la première fois en 1903 par le docteur Payot et son guide, le célèbre Ravanel le Rouge, alors que le ski arrivait tout juste dans les Alpes. Un exploit dont la valeur est oubliée aujourd’hui.

À fond les ballons sur le glacier du Trient, vers la cabane du même nom.

Sous la neige, le monde se retire. Restent quelques coups de pinceau chinois. Dans le songe blanc, flottent pics, parois, crêtes et piliers, réduits à leurs lignes d’expression. La neige rehausse ce qu’elle touche, c’est la beauté. Pure, elle révèle ce qui suffit. Magique, elle emplit les vides d’un principe invisible, annule l’imperfection, conserve le saillant. La blancheur pardonne à l’inutile — en le masquant.

 

Blanc, Sylvain Tesson

Vue sur le plateau du Trient et la Fenêtre de Saleina par laquelle nous sommes passés.

Bien au chaud à l’intérieur de la cabane du Trient à 3 170 m d’altitude, nous déplions la carte pour préparer la suite de notre itinéraire sous les yeux des caméramen Julien et Pierre.

Il a beaucoup neigé et il nous faut choisir notre trace sur les versants immaculés. Lise, en tête de cortège, cherche le passage pour descendre sous la mer de nuage.

Skieur heureux.

Hors-piste, loin des domaines skiables balisés, il faut avancer prudemment et vérifier la stabilité du manteau neigeux avant de s’engager.

La descente vers la Fouly en Suisse est un régal après de nombreuses heures passées à grimper cols et sommets.

Hospice du Grand-Saint-Bernard à 2 470 mètres d’altitude. Depuis plus de mille ans une communauté de chanoines offre hospitalité et réconfort aux voyageurs et pèlerins. Nous y faisons halte pour reprendre des forces.

Nous partons tous les matins tôt pour grimper avant que la neige ne se transforme sous l’action du soleil.

Nous évoluons dans un univers polaire, une vraie parenthèse d’altitude, loin du tumulte de la ville.

D’une vallée à une autre. Tous les jours, nous passons des cols et cumulons le dénivelé positif.

La Cabane de Valsorey au pied du Grand Combin.

Le fameux Cervin, il culmine à 4 478 mètres d’altitude. C’est la montagne la plus connue de Suisse. Son aspect pyramidal a inspiré le fabricant de chocolat Toblerone.

Devant la caméra de Pierre, Inès fait des relevés d’épaisseur de neige sur le glacier d’Otemma. Il est beaucoup étudié par l’université de Zurich pour laquelle elle travaille et elle pourra comparer ses mesures avec d’autres plus anciennes afin d’évaluer l’état de santé du glacier.

Sur 8 kilomètres nous remontons tout le glacier d’Otemma. À intervalles réguliers, nous nous arrêtons pour multiplier les mesures.

Inès et Lise.

À l’approche de la cabane des Vignettes, on ne peut passer à côté sans penser au drame qui s’est joué en avril 2018. Un groupe de 10 randonneurs égaré en pleine tempête à proximité du refuge a été contraint de bivouaquer. 7 personnes dont le guide ont perdu la vie. Le pire accident de la Haute Route.

La cabane est l’une des plus fréquentée de Suisse. Elle est perchée sur un éperon rocheux à 3 150 m d’altitude. Cela aurait dû être notre étape, mais à notre passage le refuge était fermé à cause de plusieurs cas de contamination au Covid.

La grotte de glace du glacier d’Arolla. Creusée par le vent et l’eau, un gigantesque bloc de glace s’est transformé en un tunnel.

Nous découvrons la glace translucide des parois de ce lieu éphémère et en constante mutation. La grotte s’est aujourd’hui effondrée.

Véritable forteresse défiant le vide, la cabane de Bertol est le dernier refuge de notre traversée et l’un des plus spectaculaires des Alpes. Il a été créée en 1988 grâce à un don de Carl Russ Suchard, fabricant de chocolat, inventeur de la tablette Milka.

La montée à la cabane est vertigineuse. Nous y resterons 24h pour laisser passer une tempête.

Brossage de dents depuis la cabane de Bertol au petit matin à 3 311 m d’altitude.

La nuit a été glaciale. À cette altitude, on enregistre des températures dans les -20°C.

La passerelle qui mène aux toilettes du refuge. Mieux vaut avoir l’œil ouvert.

La montagne a revêtu un manteau neigeux immaculé, après plusieurs jours où les flocons sont tombés sans discontinuer.

Nous passons au pied de la face Nord du Cervin avant de nous laisser glisser jusqu’à Zermatt.

Nous célébrons notre arrivée à Zermatt et renouons avec la civilisation, après 10 jours passés tous les six en altitude.

Merci à Mammut pour l’équipement d’avalanche et les vêtements de montagne et à Fischer Sports pour les skis de randonnée et les chaussures.

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