TRAVERSÉE DES PYRÉNÉES À PIED

De l’Atlantique à la Méditerranée via la Haute Route

À l’été 2022, j’ai traversé les Pyrénées à pied de l’Atlantique à la Méditerranée. J’avais envie de vivre une immersion dans le sauvage, proche de chez moi. J’ai emprunté la Haute Route Pyrénéenne (HRP) — à l’inverse du GR10, cet itinéraire n’est pas tracé et reste en altitude pour tutoyer les crêtes et les sommets.

Avec Ingrid, ma partenaire de marche pour cette aventure, nous avons pris le départ depuis Hendaye au Pays basque pour 32 jours de randonnée en direction de Banyuls-sur-Mer. Une aventure franco-espagnole sur 800 km et 42 000 m de dénivelé positif.

VÊTEMENTS : 1 short, 2 caleçons, 2 paires de chaussettes, 2 T-shirts respirants, 1 doudoune, 1 collant, 1 paire de chaussure de trail, 1 K-way, 1 casquette, 1 buff, 1 paire de lunettes de soleil
MATÉRIEL : 1 mug pliant, 1 assiette pliable, 1 sac de couchage, 1 bivvy bag, 1 tapis de sol gonflable, 1 kit de réparation de tapis de sol, 1 sac à dos Raidlight 24L, 2 bidons 75 cL, 1 paire de bâtons de trail, 1 réchaud (gaz + brûleur), 1 briquet, 1 casserole + couvercle + manche, 1 cuillère manche long, 1 couteau Suisse, 1 serviette micro-fibres, 1 lampe frontale
ÉLECTRONIQUE : 1 batterie externe + câble, 1 téléphone + chargeur, 1 paire d’écouteurs, 1 liseuse, 1 panneau solaire (jamais utilisé), 1 paire de jumelles
HYGIÈNE / SANTÉ : Compeed, élastoplast, aiguille, aquatabs, doliprane, 1 savon dur, 1 coupe-ongle, 1 brosse à dent, 1 dentifrice, crème solaire, crème Nok anti-frottements
*tout n’est pas sur la photo

À Hendaye dans les Pyrénées-Atlantiques, point de départ de notre aventure à travers les Pyrénées. Je suis chargé de 8,5 kg avec 1,5 L d’eau, de la nourriture pour 5 jours et tout le matériel de camp. Pour arriver à ce poids, nous avons fait le choix de ne pas prendre de tente et de partir avec le strict minimum. Nous dormirons la nuit à la belle étoile dans des bivvy bags (sursacs de couchage).

Voici le profil de la marche à venir. En route !

Forêt syndicale de Baïgorry. Sans surprise, le Pays basque nous accueille sous un ciel chargé d’humidité.

Dans les contreforts du Pays basque. Toute cette verdure nous réjouit l’œil. Nous profitons des versants verdoyants avant l’aridité des sommets. Vue de devant.

Vue de derrière.

« Certains hommes espéraient entrer dans l’histoire. Nous étions quelques-uns à préférer disparaître dans la géographie. »

— Sur les chemins noirs, Sylvain Tesson

Le brouillard en se dissipant laisse apparaître les premiers sommets.

Spectacle saisissant d’une mer de nuages qui envahit toute la vallée.

Sur notre chemin nous rencontrons de nombreux bergers qui font paître leurs troupeaux l’été. La traite a parfois lieu deux fois par jour. C’est l’occasion de mieux comprendre le milieu du pastoralisme et de faire des provisions en fromage.

Des centaines et des centaines de brebis. Elles sont marquées avec de la peinture pour que les troupeaux ne se mélangent pas entre eux.

Notre itinéraire serpente entre la France et l’Espagne en passant par des pics et des cols. Nous avons pour objectif de marcher environ 25 kilomètres par jour, soit 8 à 10 heures de marche en fonction du terrain et du dénivelé.

Nous profitons des cours d’eau (glacée !) pour se rincer après une journée de marche dans la montagne.

Parfois sous l’œil d’un Patou. Celui-ci était complètement démissionnaire et plus curieux de me regarder faire trempette que de surveiller ses brebis.

Le pic du Midi d’Ossau. Sommet emblématique de la vallée d’Ossau, il culmine à 2 884 mètres. Arriver au pied de cette montagne est une première étape pour nous. Elle préfigure les nombreux sommets à venir et le début des Hautes-Pyrénées.

Le refuge de Pombie. Niché entre milieu pastoral et haute montagne il est situé au cœur du Parc National des Pyrénées. La météo annonce de fortes pluies, nous y resterons pour la nuit.

Depuis notre départ, nous mangeons comme quatre. La marche ça creuse.

Vue depuis le refuge.

Au petit matin, la montagne dégouline. Il a plu toute la nuit.

Il est rare que la montagne soit équipée sur la HRP. Ici, sur un passage particulièrement aérien, une main courante a été installée.

Dernières lueurs du soir.

Vers le refuge d’Arrémoulit notre itinéraire passe par plusieurs pierriers. En plus de nous ralentir, ils sont particulièrement instables et demandent toute notre attention pour ne pas se blesser.

La marche est particulièrement éprouvante sur ces chaos de pierres. Elle me rappelle mon expédition sur le glacier Fedchenko dans le Pamir tadjik, en Asie centrale. Je peine à croire que je me trouve en France !

Nous avons fait le choix des chaussures de trail pour être rapides et agiles dans les descentes. Nous n’avons qu’un gros mois pour compléter la traversée.

En face de l’impressionnant Vignemale depuis le refuge des Oulettes de Gaube. Avec ses 3 298 mètres, c’est le plus haut sommet des Pyrénées françaises. À ses pieds, se trouve le petit glacier des Oulettes de Gaube. Il n’y en a malheureusement plus beaucoup… Comme leurs voisins alpins ils fondent à une vitesse démente et devraient tous disparaître des Pyrénées d’ici 2050.

Nuit 5 étoiles. Monter le camp consiste à déballer le sac. Gonfler le tapis de sol, sortir le sac de couchage et le bivvy bag.

Pour manger, nous faisons bouillir avec le réchaud de l’eau récupérée dans un torrent. Ensuite, c’est soupe, semoule ou nouilles chinoises, fromage et chocolat.

Nous avons effectué un peu plus du tiers du parcours. Le corps s’affûte petit à petit et accepte la répétition incessante des montées et des descentes. Nous nous ravitaillons dans les refuges et dans les très rares épiceries sur notre itinéraire. Dans notre sac, rien de superflu. Nous utilisons tout ce que nous avons apporté avec nous.

Les cimes sont souvent le repère des vautours fauves. Ils tournoient dans les airs et viennent s’abriter dans les anfractuosités de la paroi.

Dans les passages dangereux, j’envoie courageusement Ingrid pour ouvrir la voie.

Ancienne bergerie qui nous servira de campement pour la nuit.

Quand la météo est mitigée, nous prenons refuge dans des abris ou des cabanes non gardées pour s’assurer d’avoir un toit en cas de forte pluie.

La magnifique cascade de Forau de Aigualluts dans la vallée de Bénasque.

En quittant le refuge du Portillon et avant de passer un col à presque 3 000 mètres d’altitude nous posons les pieds sur nos premiers névés.

Depuis le Tuc de Molières à 3 009 mètres d’altitude. Nous débutons une longue incursion en Catalogne.

En se retournant, nous pouvons admirer le massif de la Maladeta. C’est le plus haut massif et le premier massif glaciaire des Pyrénées. Le sommet à gauche est l’Aneto. Avec ses 3 404 mètres, c’est le sommet le plus élevé des Pyrénées. 

Accalmie depuis une cabane non gardée dans laquelle nous avons trouvé refuge pour sécher nos affaires. En août, les Pyrénées sont souvent perturbées par de gros orages.

Ingrid se livrant à l’écriture de son carnet de bord.

Encore un pierrier. La HRP nous donne du fil à retordre. Cet itinéraire se gagne kilomètres après kilomètres. Nous sommes seuls au monde. Parfois, il nous arrive de ne croiser personne en une seule journée de marche. Ce sentiment de solitude est d’autant plus intense que nos téléphones sont en « mode avion » et qu’il n’y a que très rarement du réseau.

O hisse et oh !

Estany Major de la Gallina, depuis le col du Calberante.

Nous passons en Andorre, le troisième pays de cette traversée. Nous y retrouvons des bergers et leurs bêtes. Ils sont toujours accompagnés de Patous et de Border Collies. Les premiers assurent la sécurité des brebis en les protégeant des éventuels prédateurs. Les seconds guidés à la voix ou au sifflement assistent le berger dans le déplacement du troupeau. C’est émouvant de voir l’homme et l’animal travailler dans une telle harmonie.

Ciel orangé Andorran.

Étang de Lanoux, c’est le plus grand lac des Pyrénées françaises.

L’ascension du Pic du Canigou est notre dernier gros sommet (2 784 mètres d’altitude). Cette dernière montagne a une saveur particulière, elle marque la fin du massif pyrénéen.

« Qui veut aller loin ménage sa monture ». En l’occurrence, mes pieds. Je les soigne régulièrement pour les protéger des ampoules dont je suis facilement sujet. Il nous reste une centaine de kilomètres avant l’arrivée.

Rencontre avec une salamandre tachetée dans un sous-bois humide lors d’une averse.

Au fur et à mesure que nous progressons dans les Pyrénées-Orientales, le relief s’aplanit et nous laissent entrevoir la fin de l’itinéraire.

Après un ultime col, la mer Méditerranée, enfin !

Arrivée à Banyuls-sur-Mer après 32 jours dans les montagnes. Fatigués, les semelles de nos chaussures usées mais heureux d’avoir relié l’Atlantique à la Méditerranée.

Cette randonnée concentre tout ce que j’adore dans l’aventure : de l’incertitude, de l’effort, des paysages spectaculaires et une immersion totale dans la nature.

Les Pyrénées sont sauvages. Elles se gagnent à la force des jambes et pourtant elle restent accessibles à tous. Nous avons une chance inouïe d’avoir de si belles montagnes dans notre pays.

Merci à ma partenaire de marche avec qui j’ai partagé les montées et les descentes. Merci aussi à mes partenaires Raidlight, Häglofs, Patagonia et Asics de m’avoir équipé et à Lyophilisé & Co pour la nourriture lyophilisée.

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