La Karakoram Highway à vélo

De la Chine au Pakistan, sur la plus haute route du monde

Suite de l’aventure « Kirghizistan, immersion dans la vie des nomades kirghizes ».

La Karakoram Highway est une route au cœur de l’Asie, seul lien entre la Chine et le Pakistan. En très grande partie asphaltée et culminant à près de 5 000 m d’altitude, c’est la plus haute route carrossable du monde. Longue de 1 300 km, elle relie la ville chinoise de Kachgar à Islamabad au Pakistan.

J’aime voyager à vélo. C’est un moyen de locomotion humble qui fait écho à tous. Que l’on soit chinois, bolivien ou éthiopien, tout le monde a déjà utilisé un vélo. Chacun connait l’effort qu’il représente et la liberté qu’il procure. Avec mon porte-bagage bardé de sacoches, ma monture intrigue et invite à l’échange. Mais au delà de faciliter les rencontres, ce que je préfère avant tout avec le vélo, c’est la douce lenteur du déplacement. À 20 km/h, on a le temps de véritablement s’imprégner d’un paysage, du relief d’une montagne ou des odeurs d’une forêt… ce que ne permet pas totalement le voyage en voiture. À l’abri du vent, de la pluie et du froid, l’habitacle met une distance protectrice entre le voyageur et la région qu’il traverse. À l’égard du temps, du relief et de la distance, la vitesse est arrogante. À l’inverse, en se détachant de l’horloge, la lenteur est propice à la contemplation.

Voici le récit d’une aventure de 5 semaines à vélo à travers la chaîne montagneuse du Karakoram, entre ciel et terre dans l’une des nations les plus hospitalières de la planète.


Chine

Pour ce voyage à vélo de 5 semaines j’ai décidé de partir léger pour rendre les ascensions moins pénibles. Voilà ce que j’ai emmené.

VÉLO : vélo Surly Long Haul Trucker, 2 chambres à air, rustines, multi-outils, pompe, casque, tendeur, 2 sacoches Ortlieb Back-Roller Classic, sacoche de guidon Vaude, serres-flex

ÉLECTRONIQUE : Canon 6D, objectif 50 mm, objectif 24-105 mm, 5 cartes SD, micro externe Rode, trépied, télécommande, disque dur externe, MacBook, batteries, chargeurs, écouteurs, iPhone

VÊTEMENTS : cuissard short (jamais utilisé, la selle Brooks B17 est encore plus confortable sans cuissard), coupe-vent, short, chemise, t-shirt, haut et bas techniques, chaussures de marche, 2 paires de chaussettes, casquette, polaire, 2 caleçons, lunettes de soleil, Buff, gants

MATÉRIEL DE CAMP : sac de couchage, tapis de sol, bivvy bag (qui remplace une tente), lampe frontale, couteau suisse, Spork, gamelle, réchaud Esbit avec recharges ultra-léger, briquet, sac à dos souple, zip-locks

HYGIÈNE : brosse à dent, dentifrice, savon dur, serviette micro-fibres, crème solaire

AUTRES : passeport, 2 cartes bancaires, argent liquide, stylo

Après une journée éreintante, je tente de dormir dans une yourte au lac de Karakul. C’est une destination où beaucoup de touristes chinois campent le weekend. Malheureusement les nomades me font comprendre que contrairement à l’année dernière, ils n’ont plus l’autorisation d’accueillir des étrangers. En frappant à toute les portes, la police me remarque et me signifie que je n’ai pas le droit d’être ici sans guide. Après 2h passées au poste, il ressort que j’ai interdiction de dormir dans le coin et que je dois aller à Tashkorgan, à 90 km du lac ! La région n’est pas dangereuse à proprement parler, mais les autorités chinoises voient d’un mauvais œil les touristes étrangers au Xinjiang. Je propose donc de dormir dans la caserne, mais les policiers refusent. À 20h, la police me met dehors sans me proposer de solution. Excédé, je monte sur mon vélo et à la première occasion je me cache pour camper. Sans tente, je passe une nuit glaciale dans mon bivvy bag, caché derrière le mur d’enceinte d’une antenne relais de téléphonie.

Pakistan

C’est l’ascension la plus difficile que je n’ai jamais faite. Je suis parti le matin de Chilas qui se trouve à environ 1 000 m d’altitude, pour arriver le soir au col à 4 173 m. 3 000 mètres de dénivelé positif en une journée de vélo n’est pas si difficile en soit, ce qui a été très dur c’est que l’ascension ne faisait que 40 km de long. Le degré d’inclinaison de la route était bien souvent supérieur à 12% et j’ai mis 9h pour en venir à bout. En montant parfois à la vitesse de 4 km/h, 7 voitures de police se sont relayées pour m’escorter. À chaque pause, les policiers insistaient énormément pour que je mette mon vélo à l’arrière du pick-up. Devant leurs airs médusés, j’ai refusé toutes leurs propositions avec détermination.

À mon arrivée au col à 4 173 m d’altitude, le chef de la police est furieux de me voir arriver si tard. Il aurait apparemment demandé à chacun de ses collègues de me faire monter dans les voitures qui m’escortaient. Devant l’agressivité du chef de la police — qui en réalité fait beaucoup de zèle — je choisis de lui être complètement indifférent. Il m’interdit de dormir au col. Le scénario du Xinjiang en Chine se répète, sauf que cette fois la route qui descend vers le Sud passe par des communautés assez hostiles aux étrangers et où il est fortement déconseillé de s’arrêter. À l’approche de la nuit, je n’ai aucune autre option que de rester proche de la police. Le ton monte et la situation devient tendue. En voyage, j’ai toujours su gérer mes rapports avec les représentants de l’autorité comme les douaniers ou les policiers : une pincée de bluff mélangée à une bonne dose d’humour me permettent toujours de m’extraire de situations délicates ou de tentatives de corruption. Mais avec mon énergumène survolté, je dois faire preuve d’une grande diplomatie pour défendre mon cas. Au bout de 4h d’obstination mutuelle, j’obtiens finalement le droit de rester dans la caserne des policiers pour la nuit.

« Faîtes attention, ici les gens n’ont rien, ils vous coupent le cou ! »

La Karakoram Highway que les chinois appellent aussi la « Route de l’Amitié » porte bien son nom. Les pakistanais m’ont réservé un accueil hors du commun, j’ai fait l’expérience quotidienne de leur incroyable gentillesse et générosité. Si il est vrai que la région autour de Chilas nécessite de prendre quelques précautions, le reste du nord du Pakistan n’est pas aussi dangereux qu’on le croit. C’est même bien le contraire et je n’ai qu’une seule envie : y retourner.

Un grand merci à l’agence touristique pakistanaise Snowland Trek & Tours d’avoir sponsorisé ma lettre d’invitation et mon visa.

Lire la suite de l’aventure à l’aventure « Le Ladakh en Royal Enfield ».